Covid XIX – Valse à contretemps avec le virus

« Covid XIX », c’est la chronique de la pandémie dans le XIXe arrondissement. Aujourd’hui, la ruée inutile sur les tests qui résulte de l’action à contretemps des pouvoirs publics.

C’est un roc ! C’est un pic ! C’est un cap ! Que-dis je, c’est un cap. C’est une péninsule, la queue pour se faire tester devant la mairie du XIXeme en ce début septembre. Deux bonnes heures d’attente à vue de nez ce samedi 12 septembre, et une file qui fait le tour entier du vénérable bâtiment de la mairie. Personne ne semble se décourager et certains ont même apporté des chaises pliantes, car c’est la nouvelle obsession du sous-Parigot du XIXe, tendre son son nez à des gens en blouses blanches harnachés comme à Tchernobyl, hébergés dans des tentes sous le cagnard à plus de 30 degrés de l’été indien parisien, et savoir enfin.

Savoir quoi ? C’est tout le problème : le sous-Parigot saura, certes, s’il est porteur du virus, mais ce sera sûrement trop tard. Les délais d’attente pour avoir le résultat du test atteignent désormais les dix jours, selon le Parisien. Autant dire qu’entretemps, un Covid-positif aura eu le temps de transmettre le virus à la moitié de la ville. Que devra-t-il faire d’ailleurs s’il est finalement positif, s’isoler ou pas ?

Ca ne semble pas très pertinent dans ce délai. S’il est asymptomatique (la moitié environ des cas), le patient ne sera plus contagieux après dix jours. S’il a développé les symptômes juste après le test, ou quelques jours après, il restera contagieux… une semaine à dix jours après, comme le dit ici la publication scientifique Science et vie. Donc, sous-Parigots de la mairie, si vous nous lisez, vous pouvez quitter la file d’attente et aller au bistro : tout cela ne sert à rien. Vous avez encore été victimes de la gestion totalement erratique de cette crise sanitaire par les pouvoirs publics, qui hésitent décidément entre l’inertie, l’agitation, les messages contradictoires, valsent allégrement entre alarmisme et sérénité surjouée, toujours à contretemps.

C’est bien beau en effet de vouloir singer les Allemands, mais encore faut-il être dans les temps dans la valse, en leur compagnie. Grâce à une politique de tests généralisés et massifs AU DEBUT de la crise en février-mars, avec des isolements organisés et efficaces, ils sont parvenus à éviter un confinement généralisé et autoritaire. Il leur a été notamment épargné l’humiliant certificat à la française, à présenter aux policiers pour aller chercher le pain ou faire uriner le chien, qui restera dans les mémoires. Les Allemands, appliquant sans génie particulier mais avec méthode les techniques connues, ont donc cantonné la récession économique à une ampleur moitié moindre que celle de la France, ce qui risque de creuser l’écart entre les deux pays, souligne la presse économique.

La France et particulièrement le XIXe arrondissement (qui a été avec sa voisine de banlieue la Seine-Saint-Denis, rappelons-le, l’un des foyers les plus meurtriers de la maladie en France juste après l’Alsace) a de son côté totalement négligé cet aspect pourtant ultra-classique depuis 100 ans de la médecine épidémiologique. On avait remarqué sur ce blog pendant le confinement qu’il était impossible ou quasi-impossible de se faire tester entre mars et août dans l’arrondissement, les capacités des laboratoires privés étant insuffisantes et la procédure obligeant encore au plus fort de la crise à se faire prescrire le test pour ne pas le payer de sa poche. La situation était la même dans la banlieue proche. Aucune tente alors à l’horizon, aucune blouse blanche au coin de la rue. Incurie administrative, capacités industrielles défaillantes,…. : une commission d’enquête parlementaire examine actuellement les raisons de ce raté, ainsi que bientôt sans doute quelques juges pénaux.

Une défaillance particulièrement préjudiciable dans ces secteurs de l’est de Paris à haute densité de population et où beaucoup d’habitants exercent de « vrais » emplois utiles dans la distribution, l’entretien, le commerce, les livraisons…. et prenaient les transports pendant le confinement (quand le masque n’y était encore pas obligatoire). Le résultat est sans appel : plus de 1.800 morts à Paris et particulièrement dans l’est, l’ouest étant épargné du fait des départs à la mer ou à la campagne pendant le confinement en « corona-tourisme » (voir ici les statistiques officielles tenues à jour pour Paris, et par département ici sur le Parisien). Plus de 1.000 morts en Seine-Saint-Denis, avec une surmortalité de près de 150%, record de France (selon le Monde, voir ici).

Inviter soudainement les sous-Parigots à venir se faire tester sous des tentes est le fait de la mairie de Paris, depuis le 31 août seulement, voir ici sa page officielle. Cette politique s’avérant inutile qui est aussi menée au niveau national a évidemment un coût, environ 250 millions d’euros par mois selon la presse économique. Chacun pourra bien penser qu’on n’est plus à cela près, maintenant que les vannes de l’emprunt des milliards de dépense publique sont ouvertes pour la relance. On objectera que c’est néanmoins cher pour une campagne inutile et que l’argent pourrait être mieux employé, par exemple à relancer plus vigoureusement le secteur de la culture, violemment sinistré à Paris, où il est fondamental.

La ruée sur les tentes est d’autant plus inutile que personne ne sait très bien si le rebond du virus constaté au retour des vacances est très alarmant : les hospitalisations ne remontent pas encore vraiment à Paris, les cas graves en réanimation restent encore très loin des plafonds de mars-avril, la mortalité est pour l’instant quasi-nulle (revoir ici les statistiques officielles de Paris). L’excellent site d’information Les Jours (j’y travaille, c’est dire) a parfaitement chroniqué les hésitations scientifiques sur la gestion et l’interprétation de ce rebond (« deuxième vague ou clapotis », voir ici) Le gouvernement vient d’ailleurs de reconnaitre le problème des tests massifs et veut mettre en place des filières prioritaires d’accès aux tests pour les personnes à risque, changeant encore une fois son fusil d’épaule (voir ici les annonces du Premier ministre vendredi à ce sujet).

Le temps que ces fortes décisions arrivent jusqu’aux sous-Parigots éternellement méprisés, elles risquent encore peut-être d’être vidées de leur sens. Si ça prend autant de temps que les tentes pour les tests généralisés…. Pas grave. Le sous-Parigot, authentique titi parisien, a l’habitude de la valse dans la vraie vie, autant qu’il connait bien celle des décideurs. C’est un Belge qui l’avait dit.

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