Déconfits, semaine 14 – A la mi-août, de retour à « Covid XIX »

Journal du déconfinement à Paris 19. Aujourd’hui, comment le virus est revenu chez lui dans le XIXe, avec une nouvelle salve de restrictions et des conséquences lourdes pour ses habitants.

Le sous-Parigot du XIXe, rincé par le virus au printemps, est rentré de ses congés ascétiques. Il s’est serré la ceinture, a économisé la pizza décongelée du midi à 15 euros et même le plaisir de la glace du soir hyper-calorique, goinfrée normalement le pull sur les épaules et le vent dans les cheveux. Il a dormi au camping et, pour ne pas creuser son découvert, il a même parfois consenti à s’ennuyer ferme au fond des campagnes françaises style Creuse ou Corrèze, qu’une propagande d’Etat tentant de relancer le tourisme intérieur lui a présenté comme les Maldives (on lira ici que ça a plutôt marché). Ou alors, le sous-Parigot était si fauché qu’il n’est même pas parti et a passé le mois de juillet et le début août à Paris, par 35 degrés, à regarder à la télévision le championnat de football allemand. Tu parles d’un déconfinement. Et maintenant que voilà la mi-août, tout recommence.

Aussi rapide qu’un tir de LBD 40 pour embrayer sur un décret du gouvernement ramenant Paris en zone dite « rouge » au regard la circulation du virus, le redoutable préfet de police Didier Lallement a envoyé le 14 août dans les gencives du sous-Parigot un des communiqués funèbres dont il a le secret.

Dans le style de communication infantilisant « vous n’avez pas été sages » dont le sous-Parigot est désormais familier, Lallement assène : « La situation appelle une prise de conscience collective et des mesures fortes de la part des pouvoirs publics ». Les zones où le port du masque devient obligatoire sont donc étendues, tout particulièrement au XIXe et au nord-est de Paris, comme on le voit sur cette carte.

Carte empruntée au Parisien

Avec toujours en tête le mois de mars où le gouvernement expliquait que le masque ne servait à rien et le disait même « nuisible », les esprits fielleux n’ont pas manqué de souligner d’emblée le côté courtelinesque de ce patchwork insensé et punitif : une sorte de jeu de l’oie où un piéton négligent du XIXe risque 135 euros de contravention en passant d’une rue « verte » à une autre, « rouge », sans masque. Le redouté Lallement a en effet prévenu, tout contrevenant sera bientôt chassé : « les services de police vont significativement renforcer leurs contrôles »

Les rassemblements de plus de 10 personnes sont par ailleurs interdits et les contrôles vont aussi être renforcés sur les terrasses de cafés et de restaurants. Samedi 15 août, les riverains résignés semblaient se plier à la mesure, comme sur le bassin de la Villette, à « Paris-plage », ici.

Tout cela est-il bien raisonnable, cependant ? Nonobstant tout corona-déni ou corona-scepticisme complotiste, évidemment, le sous-Parigot a quelques raisons d’être perplexe.

Certes, comme l’écrit Lallement, le virus semble circuler plus intensément depuis le début des vacances. « Chaque jour, environ 600 personnes sont testées positives au Covid-19 dans la région dont 260 à Paris. Le taux de positivité s’établit aujourd’hui à 4,14 % à Paris, à 3,6 % en Ile-de-France contre 2,4 % en moyenne nationale » Le « taux d’incidence » (nombre de cas pour 100.000 habitants) est monté vers 70 à Paris ces derniers jours, record de France.

Certes, par ailleurs, le nord-est de Paris et le XIXe, densément peuplés de vrais gens qui travaillent dans des métiers utiles (et donc mal payés, sans beaucoup de congés) et prennent les transports, est une terre où le virus a sévi férocement. Au total, il y a eu depuis le début de l’épidémie 7.600 morts en Ile-de-France dont 1.800 à Paris et 1.000 dans le 93, à côté du XIXe, voir ici les tableaux statistiques complets et officiels.

Le fait que le virus ait pris ses aises dans l’est de Paris a d’ailleurs inspiré des oeuvres artistiques digne du goût français pour l’humour noir et d’un certain esprit « Charlie », comme ce tableau de l’artiste contemporain Edmond Li Bellefroid, intitulé « Covid XIX ». Forte trace dans la mémoire collective.

Cependant, même en tenant comptes des données épidémiologiques, il faut pour évaluer la pertinence des mesures avoir en tête qu’elles vont inévitablement avoir pour effet un nouveau ralentissement de l’activité et du commerce dans l’arrondissement, déjà rudement touché.

Un précédent post expliquait ici comment avaient succombé déjà nombre de cafés du XIXe pendant le confinement de mars à mai, laissant sur le carreaux des salariés en général modestes et donc plus fragiles. On pouvait remarquer ces jours-ci d’autres fermetures importantes, comme celle de la grande surface de bricolage Weldom, rue de Meaux, une enseigne arrivée seulement en 2017 en ces lieux. Publiés pendant le confinement le 27 avril, les statistiques du chômage en Ile-de-France montraient alors une explosion avec 34.000 personnes de plus qu’en février, à 693.400. Si la situation a pu légèrement s’améliorer lors du déconfinement mi-mai, une nouvelle explosion est attendue en septembre, avec la fin possible ici et là du chômage partiel (prise en charge des salaires par l’Etat) et l’arrivée des échéances financières.

Les nouvelles restrictions ne vont rien arranger. Etaient-elles nécessaires ? Un examen du débat scientifique toujours en cours amène quelques doutes. Si l’efficacité du masque ne fait, en elle-même, aucun doute quant à la prévention des contaminations, son utilité dans les rues et en plein air est douteuse. Dans les rues, le virus se disperse rapidement dans l’air, c’est acquis. On sait au plan mondial que les contaminations s’effectuent en quasi-totalité en milieu clos et notamment en milieu professionnel (en entreprises) et familial (mariages, enterrements, etc…) Une étude rapportée ici par une revue médicale cite la proportion de 90%.

Dès lors, estiment des spécialistes, il paraitrait plus logique de renforcer les obligations en milieu clos, avec par exemple des décisions strictes imposant le port du masque dans les entreprises, pour leur public éventuel comme pour les employés. Or, même si c’est recommandé voire imposé par des initiatives privées ici et là, ce n’est pas encore systématique, certaines entreprises qui rechignent ayant semble-t-il l’oreille du gouvernement, ainsi que l’explique ici le journal Le Parisien. De nouvelles mesures sont annoncées pour septembre, pour les salles de réunion et les « open-spaces » (peut-être, voir ici article) mais visiblement ce n’est pas vu comme aussi urgent que pour le canal Saint-Martin.

Par ailleurs, le XIXe arrondissement, perpétuellement torturé par le pouvoir car ses jeunes osent socialiser sur les berges des canaux, n’a en revanche toujours pas eu le bonheur de bénéficier d’une mesure dont l’efficacité a pourtant été démontrée internationalement : des campagnes de dépistage massives, gratuites, aléatoires, dans des unités mobiles. Un seul mini-guichet de ce style est actuellement ouvert quai de la Loire, sur le bassin de la Villette, dans le cadre de l’animation « Paris-plages », mais seulement jusqu’à fin août, voir ici. Il faut par ailleurs attendre sur le trottoir devant des laboratoires privés débordés. Le dispositif est toujours défaillant au plan national.

En septembre, quand tous les sous-Parigots seront rentrés de la Creuse, de la Corrèze ou de la plage, où ils auront éventuellement contracté le virus (il ne traine pas que sur le bassin de la Villette), ils risquent donc d’amener en entreprise ou auprès de leurs proches une nouvelle flambée de la maladie, sans parfois en être conscients et sans pouvoir évaluer leur propre situation (rappel : environ la moitié des infections sont dus aux porteurs asymptomatiques).

Prenons de la distance, néanmoins. Le sous-Parigot prend de haut le mépris dont il est victime. Titi parisien authentique, avec son mini-salaire, son boulot utile mais déconsidéré, ses bistrots où il peut encore boire le café à moins de deux euros en mangeant gratuitement des moules-frites et en regardant la Ligue des champions, il a regardé passer l’Histoire, claquemuré dans ses tours, avec son oeil rugueux mais tendre. Et il se prépare à la suite. On le verra ci-dessous avec les clichés distingués dans le concours « Paris 19 confiné » (celui de l’entête du blog en aussi issu).

En attendant que tombe les masques et à nouveau les frontières, le sous-Parigot se plongera dans la nostalgie des années 1980, où tout était plus facile. On le lui conseille instamment, vu ce qui se prépare.

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