Aux confins – Jour 47, De l’avantage général de l’hygiène chez moi, dans le XIXe (et partout)

Journal d’une famille confinée à Paris 19. Aujourd’hui, l’hygiène vint à moi, un peu aux habitants du quartier et aux Français, et indépendamment du Covid-19, on peut en être heureux.

Je sors, je me lave les mains. Je rentre, je me lave les mains. Je vais aux toilettes, je me lave les mains. J’en sors, je me lave les mains. Je me couche, je me lave les mains. Je me lève, je me lave les mains. Voilà, ça y est, le confiné bouffi d’informations terrifiantes et de conseils mortifiants de médecins, qui a passé le plus beau printemps de l’histoire des mesures météorologiques sur son balcon et son fauteuil, et s’apprête à vivre une crise économique qui fera ressembler les années 30 aux grandes vacances, est totalement conditionné. Enfin, le sous-Parigot se lave les mains. Enfin, il a compris.

On passera très rapidement sur l’arnaque du confinement qui a vu tous les foyers s’équiper de flacons ruineux de gel hydro-alcoolique, dont le nom laisse penser qu’il serait plus fort que le savon dans la lutte contre le virus. C’est faux : le savon est plus efficace, de nombreux spécialistes de l’hygiène l’ont dit et la RTBF l’a expérimenté in vivo. Les magazines féminins se sont jetés aussi sur cette réalité de bon sens : le savon élimine le virus car il y a rinçage à l’eau après le nettoyage des mains, alors qu’avec le gel il peut subsister dans un coin de peau. Un passage au gel de mains souillées ou recouvertes de graisse ne suffit pas à tout éliminer. De plus, il ne tue pas certains autres virus à la différence du savon et il abime la peau. Certains font même figure de poudre de perlimpinpin, d’une fait d’une composition trop diluée.

Enfin, il est cher, à la différence du savon. C’est ainsi que le pharmacien du XIXe, qui m’a vendu sept euros au début de la crise ce minuscule flacon de gel de 100 ml fut certainement un pionnier des « profiteurs de guerre » étendant actuellement leur emprise sur le marché des masques en tissu. Depuis, le ministère de l’Economie a réglementé les prix du gel, tant il y avait d’abus, à … 4,4 euros maximum les 300 ml, ce qui fait 1,46 les 100 . Donc, mon premier profiteur de guerre m’a arnaqué de 5,54 euros sur un flacon qui tient dans une poche de jean, pas moins.

Passons donc rapidement sur la reconversion d’une partie de l’industrie française en profitables usines à gel, comme chez LVMH qui y a dédié 4 usines dans une opération pour le coup caritative, d’aide gratuite aux hôpitaux, (le gel a davantage de pertinence en milieu hospitalier, où on ne va pas faire la queue au lavabo, évidemment). Il y aura même un bateau-usine de gel. Revenons plutôt à l’ami oublié du sous-Parigot, le savon.

Réalité historique méconnue et ressuscitée par l’affaire du Covid-19, l’homme qui a imposé le lavage des mains robuste au savon à l’hôpital et dans les actes médicaux fut un Hongrois. (ça ne surprendra pas ceux qui connaissent le penchant prononcé des Hongrois pour l’hygiène) Il s’appelait Ignace Semmelweis et si on n’a pas encore lu son édifiante histoire, il faut le faire ici sur Sciences et Avenir, car cet homme a sûrement sauvé des millions de vies avec un quasi-détail, pour lequel il fut pourtant haï et combattu.

On résume : en poste dans un hôpital de Vienne en 1846 au service obstétrique, il est immédiatement frappé par la mortalité record des jeunes accouchées du pavillon où sont formés des étudiants (plus de 10%, avec des pointes approchant les 40%). Or dans le pavillon d’à côté, note-t-il, où sont formées des sages-femmes, ce taux ne dépasse pas 3%. Il comprend en 1847 avec le décès d’une étudiant suite à une septicémie contractée lors d’une autopsie. Il introduit alors un lavage des mains de cinq minutes avec la chlorure de chaux. Le taux de mortalité tombe à 1,3% immédiatement. Il sera chassé de l’hôpital et vilipendé par les mandarins, qu’il traite « d’assassins » car ils négligent l’hygiène préventive.

Le combat de Semmelweis reste d’actualité aujourd’hui : la bonne hygiène des mains fait toujours défaut dans beaucoup de foyers au monde (notamment du fait du manque d’eau courante dans beaucoup de pays pauvres, mais aussi chez les « riches » et les sous-Parigots). Pourtant elle est l’un des moyens les plus efficaces et les moins coûteux de prévenir les maladies telles que la diarrhée et la pneumonie, qui tuent plus de 3,5 millions d’enfants chaque année, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ca fait l’objet d’une note très détaillée pour les professionnels de santé et les autres, sur le site de l’OMS, voir ici.

Dans ma taule, admettons-le, le soin n’était pas forcément extrême avant le Covid-19. Il pouvait arriver que les mômes, ou moi-même, nous mettions à table sans nous laver les mains, ou que nous déambulions dans la maison en rentrant avant de nous laver les mains. Ces petites habitudes ou manques d’habitudes, courantes dans beaucoup de foyers français peu habitués aux pandémies, ou qui n’y prêtaient pas attention, ont des conséquences mortelles.

Rappelons-le, la grippe a provoqué en France en 2018-2019 des dizaines de milliers d’hospitalisations aux urgences, dont plus de 1.890 personnes en réanimation et 8.100 décès. La gastro-entérite, c’est…. 135.000 hospitalisations aux urgences en 2018-2019, dont beaucoup d’enfants très jeunes, voir le bilan complet ici. Au contraire du Covid-19, la gastro-entérite tue des enfants, souvent très jeunes, par déshydratation, environ 500.000 dans le monde chaque année, et jusqu’à 80 petits Français par an. Les virus de la grippe et de la gastro se transmettent aussi par les barres de métros, par exemple et en général par les mains mal lavées.

Etendons même un peu le sujet de l’hygiène des sous-Parigots du XIXe, à leur détestable habitude de tout jeter par terre, où les déchets y restent, car le nettoyage fait problème (Hidalgo a promis des moyens nouveaux, sous la pression d’un rapport d’information alarmant sur la saleté de la capitale). Les quais du bassin de la Villette ressemblent par exemple fréquemment à ça après un week-end ensoleillé sans confinement. Mes mômes ont été élevés à la dure avec de telles images, et aujourd’hui ils se baissent parfois, comme moi, pour ramasser des déchets dans la rue et les mettre à la poubelle, tellement cette habitude culturelle est répugnante.

Ce comportement, outre qu’il est incivique et désinvolte (pourquoi ne pas jeter ses bouteilles dans les conteneurs du quai, et le reste à l’endroit adéquat, moyennant un détour de quelques minutes avant de partir ?) est dangereux.

Les déchets attire les rats, qui prospèrent à Paris. Les rats sont porteurs de maladies comme la leptospirose et la salmonellose et ils furent à l’origine des épidémies de peste dans un lointain passé. C’est bien la peine de montrer les Chinois du doigt, leurs chauve-souris et leurs pangolins, si on invite leurs cousins européens à un festin sous nos fenêtres du XIXe.

Par ailleurs, les dépôts sauvages d’ordures apportent directement d’autres petites choses, comme des intoxications alimentaires, des fièvres, du choléra et le paludisme en zone tropicale. La putréfaction engendre des odeurs incommodantes et vapeurs irritantes, susceptibles de provoquer des phénomènes allergiques voire des pneumonies.

Même en période de confinement, on n’a cependant pas, à la différence du lavage des mains, observé de modification notable de comportement du sous-Parigot sur ce point. A la prochaine pandémie, peut-être, ou pour le retour de la peste ? Le virus ne nous a pas encore fait tout changer, mais heureusement, comme il est là pour longtemps, il reste de la marge au sous-Parigot. Il fera moins le malin quand il retournera en confinement dans sa taule pour avoir laissé ses restes de gâteaux aux rats du bassin de la Villette.

Dans le fond, le sort de tout cela est dans nos propres mains, un peu comme aurait dit Charlie Winston.

I’ve had to put my whole world/In your hands/I’m gonna put my whole world/In your hands/In your hands

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